La Garonne à Saint-Macaire 
texte de Joël Baudet

Introduction

Ce dimanche, je suis allée me promener à Saint-Macaire. J'y ai vécu une vingtaine d'années et bien que le temps passe, je ressens toujours au fond de moi ce plaisir à flâner au coeur de la "vieille ville". 

Une association culturelle "Mouvement pour la sauvegarde et la restauration du patrimoine macarien" avait en son temps utilisé un texte extrait d'un livre écrit par Paul Valéry "Eupalinos ou l'architecte" qui disait :

"Dis-moi (puisque tu es si sensible aux effets de l'architecture), n'as-tu pas observé, en te promenant dans cette ville, que d'entre les édifices dont elle est peuplée, les uns sont muets ; les autres parlent ; et d'autres enfin, qui sont les plus rares, chantent ?"

Nous étions installés à Saint-Macaire depuis quelques mois et le Mouvement pour la Sauvegarde organisait des manifestions culturelles ; dans l'une d'entre elles j'entendis cette phrase, et pour moi c'était l'évidence ! Les édifices de Saint-Macaire chantent ! A cette époque, ma petite famille venait de s'installer en ville. Je faisais du bénévolat au sein de l'association "Le Prieuré" et tenais la bibliothèque dans le coeur du prieuré Bénédictin. Juste à côté, l'entrée en était occupée par un personnage doté d'une voix de stentor, maniant la moquerie et la provocation avec effronterie ! Il vint se présenter à moi ; il s'appelait Joël Baudet et il me dit avec fierté qu'il avait participé au chantier de sauvegarde du Prieuré, qu'il était guide et historien local. Je ne connaissais pas à ce moment, l'histoire de cette ville et là, chaque samedi après-midi je l'écoutais raconter aux visiteurs les histoires de ce lieu. Lorsqu'il en parlait il était autre ! Je pouvais entendre la passion qu'il lui portait, l'envie qu'il avait de faire revivre ce site si riche de son passé ; il faisait également les visites guidées individuelles et de groupes au sein du village. 

Les mois et les années ont passé et je suis tombée amoureuse de ces pierres, de ces maisons qui chantaient... 

Un jour Joël m'annonça qu'il allait avoir une activité autre et qu'il ne pourrait plus assurer toutes les visites guidées de Saint-Macaire. Il recherchait quelqu'un pour le remplacer si besoin. Et là, d'un coup, d'un seul, je sus ce que je voulais faire ! et je lui dis en parlant vite de peur qu'il ne me coupe "apprend moi, je veux devenir guide" ; il a eu l'air surpris... et  j'ai attendu sa réponse, l'air de rien... Il répondit  "d'accord" et ma vie changea son cours.

Cette introduction est longue mais il était important pour moi de vous expliquer pourquoi je vous présente ce texte écrit par Joël.

L’évolution de la Garonne à Saint Macaire par Joël Baudet

Depuis l’antiquité, le port de Saint Macaire était établi au Thuron, au bas de la butte rocheuse du côté est, ainsi efficacement protégé des vents dominants (ouest et nord ouest). L’appellation « Thuron » nous a toujours intrigués ; le faubourg a eu son nom diversement orthographié ; au 15ème siècle, on l’écrivait en gascon quelquefois « tronc » et plus souvent « toron » (prononcer touroun). Au 16ème siècle, ainsi qu’au 17 et 18ème on l’écrivait en français « téron » ou bien « théron » plusieurs explications ont été avancées sur les origines de ce nom : en voici quelques unes que je livre à votre réflexion : 

Turon : terme de langue d’oïl désignant un monticule, un mamelon

Thuron : nom populaire de l’aurochs (taureau sauvage).

Thuron, thureau, thurot : diminutif du roi Arthur (6ème siècle), roi légendaire du pays de galles qui lutta contre les saxons et rétablit le culte chrétien en angleterre.

Turon turonnes : peuplade gauloise du centre de la gaule qui vivait au bord de la Loire et qui fonda la ville de Tours. Vivant dans la mouvance des bituriges, ces peuplades vinrent s’installer en Aquitaine.

Torone, toron : ville de Macédoine sur le golfe toronaïque, fondée par les athéniens.

Thurium : ville grecque de Lucanie, sur la frontière du Bruttium, bâtie en 444 avant JC avec l’aide d’une colonie d’athéniens (la Lucanie était une province de l’Italie méridionale dont les principales villes étaient Héraclès, Paestum et Thurium).

Les grecs dédiaient les ports au Taureau symbolisant le déchaînement ; ces animaux étaient consacrés à Poséidon dieu des océans et des tempêtes ainsi qu’à Dionysos dieu de la virilité féconde. Le taureau était représenté sous la forme d’une statuette destinée à être fixée au sommet d’une hampe ou enseigne portable semblable à celle du « Veau d’or ». Ce culte a été pratiqué par les hébreux, les égyptiens et les romains (culte de Mithra, dieu sauveur, né d’un rocher… !) Tout ceci est assez troublant quand on sait que beaucoup de traditions et de croyances dans notre région garonnaise viennent des cultures grecques, égyptiennes et romaines. De même certains aspects de l’histoire de notre ville nous laissent songeur : la colonie grecque d’alienigena ainsi que la légende du veau d’or très vivace à Saint Macaire jusqu’au début de notre siècle. Il est évident que nous n’apporterons pas ce soir une réponse précise sur l’origine du terme « Thuron » mais il était intéressant de mettre tous les éléments à votre connaissance.

Au moyen âge, Saint Macaire tenait sa richesse de la sûreté et de la situation de son port. D’après les estimations de Léo Drouyn il y avait environ près de 6000 personnes dans les murs de la ville. Egalement, lors des travaux du POSHA, les archéologues découvrirent et reconnurent de nombreux habitats troglodytiques sur la face sud de la cité, au pied des remparts mais aussi dans le faubourg Rendesse. Ces habitations servaient d’abris de façon constante ou temporaire à toute une population vivant  par le fleuve : tireurs de cordes, pêcheurs ou carpenteys de gabares.

Située près de la barbacane, l’entrée du port vers la ville se faisait par un passage en angle droit défendu par des mâchicoulis. Ensuite, il fallait passer trois portes (deux poternes et la porte de ville) pour accéder au faubourg du Thuron puis, passer la porte du Mercadiou pour découvrir la place du même nom et les lacis des rues marchandes.

Dans les premières années du 17ème siècle, sûrement à la suite d’inondations, (22 novembre 1604, Agen est ravagée par le fleuve, destructions de nombreuses maisons, Henri IV accorde de larges dégrèvements d’impôts aux sinistrés) il se forme un gravier près du port à faible distance du Thuron.

En 1652, le corps de ville décide que le gravier et le jetin portant le nom de Romarin existant au dessus du port du Thuron seraient cédés à fief nouveau contre 4000 livres à Mme de La Lanne. Sur ce gravier, d’autres alluvions viennent s’ajouter  et en 1654, ces alluvions laissaient en partant de leur pointe un bras d’eau entre la terre et elles jusqu’à la hauteur du Pradeau (sous le bourg de pian). Signalons en 1652 une grosse inondation, 10m environ à Agen soit près de 12 m à saint macaire. En 1660, les alluvions se prolongent jusqu’à la Fontaine du Levreau (au bas du passage de la cale).

La configuration du lit du fleuve est propice à cet encombrement progressif ; en effet, la Garonne n’est pas comme aujourd’hui un fleuve canalisé (ce qui d’ailleurs ne l’empêche pas de déborder) son cours est plus large, le courant moins violent s’égare dans de multiples bras barrés par des pêcheries ou des moulins à nef. Depuis Saint Pierre d’Aurillac la Garonne amorce une belle anse qui passant au pied de l’église Notre Dame de Pian (seul subsiste de cet édifice, un bas côté au sud reconverti en chapelle) venait buter contre la masse rocheuse de la cité médiévale. Les conditions climatiques au cours du 17ème siècle avec de violentes et continuelles pluies entraînant des crues importantes et répétitives expliquent la fermeture rapide et inexorable du port.

Toujours vers 1660, la Jurade décide le transfert du port au bas du faubourg Rendesse. De ce fait l’organisation commerciale de la cité change totalement : le marché est établi place Porte neuve, l’accès au fleuve se fait par aménagements (suppression des poternes dans la partie haute, pour preuve la maison Lucas qui présente une ouverture sur cette voie datée de 1674).

Le 11 juin 1712, inondation importante, 9.23 m signalés à Agen ce qui fait près de 11 m à Saint Macaire. En 1747, suite à de nouveaux débordements, l’ingénieur Vimar, adjoint de l’intendant de Tourny, s’entendit avec les jurats pour aménager le chemin du port (actuelle rue du Port). Pour élargir le chemin et le rendre praticable, il fallut abattre une barbacane ( ?) qui était au devant de la porte de la Nau puis on aménagea une jolie place triangulaire qui requit le nom de 


 

 

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